La première quinzaine de mars 1789, les assemblées paroissiales, suite à la convocation des Etats-Généraux par le roi Louis XVI, ont entrepris d’écrire leur Cahier de Doléances, signé par le maximum d’habitants de plus de 25 ans, sachant signer. 
En ce qui concerne les cahiers de doléances des paroisses de Maulévrier, Saint-Hilaire-des-Echaubrognes, Saint-Pierre-des-Echaubrognes, Trémentines, Neuvy-en-Mauges, Les Cerqueux-de-Maulévrier et Yzernay, ils se ressentent de l’influence du Sénéchal de Maulévrier, Bernard Louis Malarmé de Cherville, qui a présidé les assemblées électorales de cinq de ces paroisses.
On y retrouve également l’influence de René-François Bodi, notaire du comté de Maulévrier, qui a écrit le Cahier des Cerqueux-de-Maulévrier.René François Bodi était le parent de Victor Bodi, membre de la Commission intermédiaire de l’Anjou.Si à Maulévrier, la rédaction reste originale dans son ensemble, l’inspiration du modèle apparaît par contre et très nettement à Trémentines. Non pas qu’à Trémentines on ait copié servilement, le rédacteur y développe les articles. Aux Cerqueux-de-Maulévrier, on suit Trémentines, mais en modifiant certains articles, surtout par des omissions d’expressions.
Les Cahiers de cette série de paroisses semblent avoir été préparés avant l’Assemblée. Les doléances qu’ils contiennent ne sont pas, à vrai dire, des doléances de paysans. Elles représentent plutôt l’opinion du Sénéchal, et mieux encore l’opinion de la famille Bodi dont le père avait été Procureur fiscal du comté de Maulévrier et dont l’un des fils, Victor Bodi, était alors l’un des personnages les plus marquants de l’Anjou. Aussi ne rencontre-t-on dans ces Cahiers aucune addition particulière, aucune doléance surajoutée après lecture, sauf peut-être à Saint-Hilaire-des-Echaubrognes, qui révèle l’initiative des paysans. Il est un fait cependant qui semble prouver que ces paysans avaient leur idée qui n’était peut-être pas celle du Sénéchal Malarmé de Cherville : c’est que ce Sénéchal ne put, malgré son grand désir, se faire élire député d’aucune de ces paroisses.[1] 

photo debut cahier de dol

Procès-verbal de l’Assemblée électorale 

Le 4 mars 1789, sont comparus en la maison de Félix Le Roux, aubergiste, par devant nous, Pierre François Mondelet, avocat et postulant du comté de Maulévrier, ayant avec nous Maitre René-François Bodi, notaire du dit comté que nous avons commis greffier : Jean-Joseph Brosseau, Louis Sicard, François Devannes. François Sonit? Pierre Brosses, Joseph Goupil, François Cochard, Joseph Le Baule, Pierre Bonnin, Pierre Deniau, Pierre Charrier, Pierre Simonneau, Louis Riotteau, Joseph Drouet, Jean Couteleau, Louis Gaborit, Jean Taillé, Henry Bonnin, Pierre Cochard, René Roux, Jean Guérin, Jean Vitré, Jean Michel, Pierre Brosses, Pierre Godin, Jean Thomas, Louis Leveillé, Louis Hardy, Louis Boisdron, Pierre Naud, Bazille Bregeon, Louis Butty, Pierre Godin, Jean Payneau, Pierre Drouet, François Gallichet, Félix Le Roux.
Députés : Bazille Bregeon, Jean-Joseph Brosseau, laboureurs.  
Suivent 12 signatures.  
Cahier de doléances, plaintes et remontrances de la paroisse des Cerqueux-de-Maulévrier dépendante du comté de Maulévrier.
(nb : Le cahier est de la main du greffier, René-François Bodi.) 
1. — Nous demandons l’abolition de la gabelle[2] en général[3], attendu les inconvénients qui en résultent  
2. — L’abolition de la taille[4] en général pour y substituer un impôt tellement fondé en principe que chaque individu connaissant ses facultés puisse connaître sa taxe en raison de celle de la paroisse  
3. — La suppression des privilèges pécuniaires et des nobles et des ecclésiastiques  
4. — La suppression des privilèges des habitants des villes et des particuliers qui sont taxés d’office pour supporter comme les autres sujets du Roi un impôt égal.  
5. — Nous désirons l’établissement d’Etats provinciaux pour la province d’Anjou, distincts et séparés de ceux des provinces du Maine et de Touraine, dans lesquels Etats provinciaux, le Tiers-État sera pour moitié, et dans cette moitié que les habitants des campagnes comme le plus nombreux en forment les 4/5.[5]  
6. — Nous désirons la continuation des assemblées municipales et que ces assemblées soient chargées de la juste répartition des impôts, de présenter aux Etats provinciaux les besoins de la paroisse pour être autorisés à établir des taxes particulières et rendre compte aux dits Etats provinciaux de la répartition et emploi des fonds sans intervention ni inspection des intendants et subdélégués.  
7. — Nous demandons l’abolition des huissiers priseurs-vendeurs de meubles, etc.  
8. — La suppression des droits d’aides et remboursement des traites aux barrières du royaume pour faciliter le commerce interne  
9. — Nous désirons que la perception, collecte et comptabilité soient faites et versées par les paroisses aux Etats provinciaux, lesquels verseront eux mêmes directement dans le trésor public le produit des impôts de leur province.[6]  
10. — Qu’il soit établi un impôt particulier sur les gens à portefeuille, négociants, rentiers, etc.[7]  
11. — Qu’il soit établi dans la paroisse un hospice pour des pauvres et que l’assemblée municipale puisse être autorisée dans le temps des calamités à établir une taxe pour le soulagement des malheureux sous l’inspection des Etats provinciaux.[8]  
12. — La réformation des droits de contrôle et la suppression des droits de franc-fief[9] et de centième denier pour les successions collatérales.  
13. — Que les bois et étangs soient sujets aux oppositions comme les autres fonds.  
14. — Que partie des deniers que la paroisse paie pour la réparation des chemins royaux soit employée et destinée à la réparation des chemins de la paroisse, en ayant le plus grand besoin, et qu’au lieu d’être occupé à travailler au grand chemin, et un atelier de charité, ils ne pourront être occupés qu’à l’un ou à l’autre seulement  
15. — Nous demandons qu’au lieu d’être forcés au tirage de la milice[10] et de se transporter à la subdélégation, ce qui occasionne de grands frais, la paroisse s’oblige de fournir les hommes de bonne volonté qu’elle sera obligée de fournir au Roi parce qu’un pauvre père de famille qui n’a qu’un fils qui fait toute sa ressource s’en trouve privé.  
Trois_ordres_Clerge_Noblesse_et_Tiers_Etat1

Le Tiers-Etat portant le Clergé et la Noblesse

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[1] Extrait de « Cahiers de doléances des corporations de la ville d’Angers et des paroisses de la sénéchaussée particulière d’Angers pour les Etats-Généraux de 1789 » Imprimerie A. Burdin et Cie. Angers 1915. Pages 302-325 et suivantes.
[2] L’Anjou était pays de « Grande Gabelle ». Le Poitou faisait partie des provinces « rédimées » où l’on payait le sel de 8 à 10 fois moins cher qu’en Anjou. Les marches communes d’Anjou et du Poitou consistaient en une bande de territoire située à cheval sur les deux provinces. Ses limites passaient par Loublande, Saint Pierre des Echaubrognes, Les Cerqueux, Somloire, Saint Maurice la Fougereuse. C’est au travers de cette bande de terrain qu’œuvraient les « faux-sauniers », les contrebandiers de sel.
[3] Général : assemblée des habitants d’une paroisse, autour du seigneur, représenté par son bailli, et le curé, membres de droit. Votaient au général les hommes de plus de vingt-cinq ans qui payaient au  moins 10 livres d’impôts par an.
[4] La taille était l’impôt roturier par excellence. Dans les pays de taille personnelle, elle était levée sur le revenu des personnes et ne frappait que les roturiers. Mais nombre de roturiers étaient exemptés de taille: bas officiers de justice et de finances, bourgeois de certaines villes, laquais des riches, etc. Or la taille était un impôt de répartition, c’est-à-dire que le gouvernement en fixait chaque année le montant. Dès lors, plus grand était le nombre des exemptés, plus lourd était le poids de l’impôt pour ceux qui le payaient.
[5] Le Roi vient de décider le doublement des représentants du tiers état aux États généraux. La formulation de cette doléance implique que « le peuple des campagnes » soit mieux représenté au sein du tiers état
[6] Dénonciation indirecte des manipulations comptables et des « confusions de patrimoines » dont les administrateurs seigneuriaux se rendent coupables
[7] Revendication « anti-bourgeoise » ?
[8] Cet article traduit, sans doute, la volonté de « protéger » le pauvre à ne pas sombrer dans la mendicité, considérée comme un délit.
[9] Droit dû par les roturiers acquéreurs de biens nobles en compensation de la diminution que cette acquisition faisait subir au fief.
[10] Les milices royales ou provinciales venaient renforcer les troupes régulières, composées de volontaires parfois en nombre insuffisant, surtout en cas de conflit. Ces milices étaient pourvues par tirage au sort parmi les hommes valides de 16 à 40 ans. Étaient exemptés les nobles, les membres du clergé, les syndics, les juges, les avocats, les médecins, les apothicaires, les hommes de finances, les agents de l’État, les maîtres d’école, les « industriels » et les pères de famille. Les exemptés entraînaient avec eux leurs fils et leurs domestiques